Cycle de conférences : L’illusion cartographique

Cycle de conférences organisé par le laboratoire Passages en partenariat avec l’Université Bordeaux Montaigne.

Toutes les conférences ont lieu à l'Auditorium du Musée d’Aquitaine, 20 cours Pasteur à Bordeaux;
Lors de chaque conférence, la librairie La Machine à Lire proposera une sélection d’ouvrages

Le port du masque est obligatoire. Il incombe aux usagers de se doter des masques qui leur sont nécessaires. Dans la mesure possible, il est recommandé de maintenir une distanciation physique de 1 mètre entre individus côte à côte ou face à face, ou d’un siège entre individus assis dans des espaces clos. Plus d'informations auprès du Musée d'Aquitaine.

La carte n’est pas le territoire. Œuvre de l’esprit, interprétation de l’espace, elle est restée longtemps l’apanage du pouvoir, l’expression des dominants, véhiculant des représentations partielles, douteuses ou orientées. Une illusion de mise en ordre del’espace qui fabrique parfois l’ordre bien réel de nos sociétés. Dressé dans les années 70/80, ce constat critique bouleverse encore aujourd’hui la lecture des cartes. En multipliant les approches, les terrains d’étude et les époques travaillées, ce cycle de conférences, organisé un jeudi par mois d’octobre 2020 à mars 2021, au Musée d’Aquitaine, se veut un exercice polyphonique de critique cartographique. En abordant des questions aussi diverses que la colonisation, les migrations, l’autochtonie ou l’écologie politique, les géographes, historiens et artistes qui interviendront, nous proposerons de réinterroger la carte jusque dans ses logiques d’imposition, de manipulation, de suppositions voire d’omissions.

· Jeudi 15 octobre 2020 de 18h00 à 20h00 – Sortir de l’invisibilité : cartes et peuples autochtones dans les Amériques
avec Irène Hirt, Professeure associée de géographie à l’Université de Genève
«Map or be mapped», telle est l’alternative à laquelle sont confrontés les peuples autochtones des Amériques qui ont placé la carte au cœur de leur résistance contre la dépossession et la destruction de leurs territoires et ressources, mais aussi de leur lutte pour la décolonisation des savoirs, des imaginaires et des représentations du territoire. Cette mobilisation de la carte dans un contexte de rapports de force inégaux marqué par l’histoire colonialesera analysée dans toute son ambivalence mais aussi toute sa force créatrice.Séance animée par Lionel Larré, Président de l’Université Bordeaux Montaigne et Matthieu Noucher, chercheur au CNRS au Laboratoire Passages.

· Jeudi 5 novembre 2020 de 18h00 à 20h00 - Faut-il décrocher les cartes des Empires coloniaux ?
avec Dennis Lamaison, historien et auteur. 
À en croire les cartes des manuels scolaires et d’internet sur la période coloniale, le monde était alors Européen. Comment ces représentations cartographiques caricaturales peuvent-elles perdurer? Avec ses héros Michel Strogoff et Phileas Fogg confrontés aux Tartares ou aux Sioux, même le très conservateur Jules Verne présentait une réalité bien plus ouverte et vivante que n’en laissaient croire les cartes de son temps. Par l’exemple de la présence française en Amérique aux XVIIIe et XIXe siècles, nous présenterons les possibilités offertes par une contre-cartographie n’oubliant pas les nations autochtones et leurs conceptions du Monde.Séance animée par Béatrice Collignon, Professeurede géographie à l’Université Bordeaux Montaigne, Directrice de l’UMR Passages et Matthieu Noucher, chercheur au CNRS au Laboratoire Passages.

· Jeudi 10 décembre 2020 de 18h00 à 20h00 – Cartographier les récits de vie d’exilés rwandais pour mieux les écouter
avec Élise Olmedo, Chercheuse post-doctorale à l’université Concordia (Montréal)financée par une bourse Banting. Membre du GeomediaLab. Doctorat en géographie de l'université Paris I.Sébastien Caquard, Professeur agrégé au département de géographie de l’université Concordia (Montréal). Co-directeur du Centre d’Histoire Orale et de Récits Numérisés(CHORN) et directeur duGeomedia Lab.
L’atlas des récits de vie d’exilés rwandais développé à l’université Concordia (Montréal) en collaboration avec l’université Carleton (Ottawa) combine deux approches cartographiques différentesetcomplémentaires : une approche artistique quis’intéresseaux dimensions sensiblesdesrécits et une approche technologique qui envisage la carte comme un moyen de naviguer au sein de ces récits. La combinaison de ces deux approches cartographiquesoriginalespermet de repenser la manière de mobiliser les cartespour favoriser une écoute approfondie de ces récits, tout en les rendant plus accessibles à la communauté rwandaise et au public en général.Séance organisée conjointement avec le Centre d'Histoire Orale et de Récits Numérisés de l’Université de Concordia -avec connexion en visioconférence pour une présentation croisée Bordeaux / Montréal -animée par Pauline Bourmaud, Professeure d’histoire-géographie au Lycée Mauriac et Matthieu Noucher, chercheur au CNRS au Laboratoire Passages.

· Jeudi 21 janvier 2021 de 18h00 à 20h00 - Dans le blanc des cartes
avec Julien Béziat, enseignant chercheur en Arts plastiques à l’Université Bordeaux Montaigne, membre de l’équipe de recherche Artes.
Toute cartographie a ses blancs, manques et oublis, volontaires ou non. Ils apparaissent dans l’écart entre l’espace et sa figuration par la carte, et laissent une place à l’imaginaire. Regarder les blancs des cartes, c’est d’abord comprendre leur signification au regard de l’histoire de la cartographie, et saisir leur permanence dans des formes contemporaines. C’est également suivre des voies tracées, puis effacées ou recouvertes, par les artistes, et retrouver ainsi le plaisir de se perdre.Séance animée par Sylvain Guyot, Professeur de géographie à l’Université Bordeaux Montaigneet Matthieu Noucher, chercheur au CNRS au Laboratoire Passages.

· Jeudi 4 février 2021 de 18h00 à 20h00 - Mettre en carte les forêts de Madagascar et de Guyane, science ou idéologie ?
avec Xavier Amelot, géographe, enseignant-chercheur à l’Université Bordeaux Montaigne et membre de l’UMR Passages.
Entre enfer vert et paradis perdu, les forêts tropicales humides constituent l’archétype occidental de la nature sauvage et symbolisent aujourd’hui les menaces qui pèsent sur la biodiversité. Mais malgré la profusion d’images etde cartes, les forêts tropicales demeurent méconnues et leurs dynamiques plus complexes qu’il y parait. A partir de l’exemple des forêts de Madagascar et de Guyane Française, l’imbrication des dimensions scientifiques, culturelles et idéologiques peut être mise en évidence par l’analyse critique des cartes et des discours qui s’y rapportent.Séance animée par Pascal Tozzi, Professeur à l’IUT Bordeaux Montaigne et Matthieu Noucher, chercheur au CNRS au Laboratoire Passages.

· Jeudi 1er avril2021 de 18h00 à 20h00 - Le dessous des flux. Comment la cartographie des mobilités influencenos représentations des migrations.
avec Frédéric Piantoni, Maître de conférences en Géographie, Université de Reims Champagne Ardenne, UMR Ceped (Paris Descartes, IRD)
Paradoxalement, alors que les migrations sont depuis 25 ans au cœur des études des Sciences Humaines et sociales, les modes graphiques de dessin des mouvements ou des dynamiques ont majoritairement peu évolué, mobilisant lignes ou flèches sur le canevas des États ou des grands ensembles régionaux. Cet héritage a largement contribué à catégoriser et à instrumentaliserle fait migratoire.Dans la période contemporaine, la dématérialisation de l’information, l’accès ouvert aux bases de données ainsi que les possibilités graphiquesdes modes de représentation permettent de proposer de nouveaux formats cartographiques restituant la diversité des connaissances sur les migrations.Ainsi au renouvellent des approches scientifiques font écho de nouvelles formes cartographiques traduisant mieux la dimension spatiale des mobilités humaineset relativisant (ou dénonçant)le rôle des États sur des dynamiques humaines qui les dépassent.Séance animée par Katia Kukawka, Conservatrice en chef du Musée d’Aquitaine et Matthieu Noucher, chercheur au CNRS au Laboratoire Passages.

SOUS RÉSERVE DE CONFIRMATION - Fermeture du cycle à l’occasion des commémorations du 10 mai autour du projet artistique intitulé Toussaint Louverturede Claire Angelini. Présenté initialement lors de l’exposition «Mapping at last»,cette œuvre mêle installation et vidéo. Elle explore les rapports entre le livre, l’objet cartographique et la forme filmique en s’intéressant à l’île d’Haïti et à son émancipation. D’œuvre en œuvre se dessinent diverses facettes de l’île : celle qui existe et que l’on connaît, celle qui fait rêver et que l’on tente d’atteindre, celle dont la nature est trop hostile pour que l’on puisse s’y rendre, celle que l’on imagine et fantasme, celle que chacun forme par rapport aux autres et celle qui est enfouie au fond de nous... Source, par son essence même, de nombreuses cartographies, l’île fait naître des chemins vers elle, trajets projetés mentalement avant d’être entrepris, autant que des chemins désirés pour la quitter, lorsqu’elle constitue une prison géographique.