Chris Pividori – Les éthiques paysagistes à la lumière (…)

Le 05.05.25 à 14h15
À la Maison des Suds, amphithéâtre

Université Bordeaux Montaigne – École Doctorale Montaigne Humanités (ED 480) – Laboratoire Passages (UMR 5319 du CNRS) – Ministères en charge de la transition écologique – ENSAP Bordeaux

Les éthiques paysagistes à la lumière d’une écriture filmique exploratoire
Contribution à une approche critique et inventive de l’action paysagère contemporaine dans la métropole bordelaise (1993-2023)

par CHRIS PIVIDORI

sous la direction de
Bernard Davasse et Cyrille Marlin

Membres du jury
Beatrice Collignon, géographe, professeure à l’Université Bordeaux-Montaigne, examinatrice. Sonia Keravel, paysagiste, maîtresse de conférences HDR à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles, rapporteure. Didier Labat, docteur en science et architecture du paysage, directeur-adjoint de l’Office national de la biodiversité Région Nouvelle Aquitaine, examinateur. Olivier Labussière, géographe, chargé de recherche HDR, Centre national de la recherche scientifique-UMR Pacte 5194, rapporteur. Anne Sgard, géographe, professeure à l’Université de Genève, présidente du jury.

Résumé
Cette thèse de doctorat en paysage s’intéresse aux éthiques des pratiques paysagistes dans le contexte contemporain français d’institutionnalisation/professionnalisation du métier de paysagiste. De ce point de vue, cette dernière décennie a notamment été marquée par la création du titre de « paysagiste concepteur » inscrit dans la loi « Biodiversité et paysage » et d’un code de déontologie affilié porté par la Fédération française des paysagistes (FFP). Ce processus est lié, a minima, à une volonté de normaliser une certaine forme d’agir professionnel dans le but d’en garantir la qualité. Pourtant, concomitamment, on peut observer une diversification croissante des pratiques paysagistes, rendant paradoxale la volonté de réguler une profession qui, historiquement, s’est construite sur une manière alternative d’agir. La recherche s’est attachée à interroger sur cette potentielle tension, faisant l’hypothèse qu’elle était générée par le fait que les pratiques paysagistes se trouvent aujourd’hui à un tournant majeur, à un moment-clef pour reconsidérer les relations entre action et éthique. L’objectif a donc plutôt été d’explorer d’autres voies éthiques pour traiter des pratiques paysagistes et d’en questionner la pertinence. C’est en ce sens que le conséquentialisme et le relativisme individuel ont été retenu pour mener cette enquête, ce qui a permis de dépasser une approche normative construite sur le devoir professionnel et, ainsi, d’examiner de manière innovante l’alternative paysagiste.

L’agglomération bordelaise sert ici de cas d’étude. Constituant une des métropoles françaises dans laquelle le paysage s’est imposé comme l’un des outils de la « mise en projet » des espaces urbains, elle témoigne de l’intégration progressive du paysage dans l’action publique, dans un contexte évolutif où les attentes sociales, parfois contradictoires, envers les paysagistes se sont multipliées. Cette métropole apparaît ainsi comme un lieu privilégié d’une contribution à une analyse critique de l’action paysagère contemporaine. La démarche de la recherche s’y déploie sous la forme d’une spirale de connaissance, fondée sur trois protocoles évolutifs : 1. une analyse de la place du paysage et des paysagistes dans la fabrique urbaine contemporaine de la métropole bordelaise ; 2. une enquête auprès de paysagistes ciblé·es sous forme de récit de vie professionnelle ; 3. un film d’approfondissement auprès d’un échantillon réduit sous forme de parcours commenté filmé. Y ont notamment été dépassées les limites du récit biographique, afin de s’extraire du phénomène d’illusion inhérent à cette reconstruction du réel. Pour cela, des expérimentations sur le terrain fondées sur une écriture filmique ont été mise en oeuvre. À la recherche de signes, elles ont permis de remettre en question tout ou partie des discours récoltés.

En guise de synthèse, le croisement des résultats issus des trois protocoles est envisagé sous les traits de paysages-synecdoques, autrement dit d’une lecture du tout (la question de l’éthique dans les pratiques paysagistes) par la partie (association récit (discours)/signe appréhendée directement sur le terrain, en situation) dont le film de recherche a été le catalyseur. En d’autres termes, l’idée n’est plus ici d’envisager les éthiques paysagistes de manière ascendante, mais de revenir aux pratiques paysagistes individuelles pour explorer des singularités éthiques. De fait, ces pratiques paysagistes restent suffisamment flexibles, pour constituer une alternative à une fabrique urbaine standardisée, trop souvent fondée sur des recettes fonctionnalistes, programmistes et financiarisées. Les paysages-synecdoques ont fait émerger des structures éthiques complexes, parfois contradictoire entre discours non situés et expériences de terrain. Ils confirment cependant la souplesse avec laquelle les pratiques paysagistes évoluent face aux défis et aux crises actuel·les, déployant une diversité d’éthiques relationnelles, environnementales, jardinière, habitante, éthique, du care, etc.
Au final, cette recherche propose une relecture des pratiques paysagistes et des éthiques qui les sous-tendent à la lumière d’une écriture filmique exploratoire. Elle s’intéresse à la place du paysage dans la fabrique urbaine contemporaine de l’agglomération bordelaise, y interrogeant la part des paysagistes, professionnels du paysage et du projet de paysage. En cela, elle montre que leurs pratiques professionnelles s’appuient sur une pluralité d’éthiques leur permettant de déployer des marges de manœuvre dont ils ont profité et dont ils profitent encore. En outre, sur un plan méthodologique, cette recherche montre la capacité d’écritures non textuelles, le parcours commenté filmé et le film de recherche qui en est issu, d’offrir un accès privilégié d’acquisition et d’exposition de résultats. Sur ces bases, elle contribue à une approche critique et inventive de l’action paysagère contemporaine dans la métropole bordelaise.

Mots-clés
Paysage, paysagiste, pratique paysagiste, éthique, déontologie, professionnalisation, récit de vie professionnelle, parcours commenté filmé, film de recherche, paysage-synecdoque, métropole bordelaise

Ouvert au public

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